Nouvelle saison

Deux équipes hongroises en début de voyage

Dans ses deux premières participations européennes, saisons 1956/57 et 64/65, l’Athletic Club joua contre deux…

Deux équipes hongroises en début de voyage
Deux équipes hongroises en début de voyage
28 juin 201809:51

Dans ses deux premières participations européennes, saisons 1956/57 et 64/65, l’Athletic Club joua contre deux équipes hongroises légendaires, Honvéd et Feréncvaros, toutes deux de la ville de Budapest. À cette époque, les années 50 et 60, le football hongrois était l’un des plus forts et prestigieux d’Europe. La sélection nationale, appelée « Le onze d’or », « Les Magyar magiques » ou « les Magyar puissants » émerveillait le vieux continent et arriva à la finale de la Coupe du monde de 1954 comme grand favori. Mais la sélection qu’on appelait le « Miracle de Berne », de l’Allemagne fédéral et qui avait précisément succombé au premier tour par 8-3 face à ces mêmes Magyar fit s’incliner les Hongrois contre tout pronostic par 3-2. Nous ne devrions pas oublier la gloire de cette équipe nationale, et nous nous devons également nous rappeler de ces deux équipes aux côtés desquelles nous avons été baptisés dans les compétitions européennes.

Honvéd

Deux ans après cette finale de la Coupe du monde de 1956, six des footballeurs de cette équipe finaliste qui jouaient à l’Honvéd affrontèrent l’Athletic Club dans les huitièmes de finale de la Coupe d’Europe, l’actuelle Champions League. À cette époque le surnom de l’Honvéd n’était ni plus ni moins que « Les invincibles » mais les lions passèrent la phase éliminatoire au terme d’un match qui devait marque l’un des grands moments de l’histoire continentale rouge et blanche. Même si au fil du temps la participation de l’Athletic à la Coupe d’Europe a laissé comme souvenir mémorable le match appelé « Match de la neige » dans lequel les lions firent tomber Manchester United à San Mamés 5-3, il n’en reste pas moins vrai que l’élimination de Honvéd représente une prouesse de même envergure.

Bozsik, Kocsis, Czibor y Ferenc Puskas, footballeur de l’Honvéd vaincu par l’Athletic constituaient la colonne vertébrale de cet « Onze d’or » champion olympique en 1952 et qui n’avait perdu qu’une seule fois en 49 matchs consécutifs, précisément lors de la final de la Coupe du monde de 54 contre les Allemands. Parmi les matchs de cette Hongrie extraordinaire, vue comme le précurseur du « Football total » que les Pays bas de Cruyff et Neeskens définirait dans les années 70, nous soulignerons le match connu dans le monde entier et appelé « Match of the century », match du siècle, du 25 novembre 1953 dans le stade mythique de Wembley, devant plus de 100 000 spectateurs en Angleterre et Hongrie. Les « Magyar magiques » n’avaient pas perdu un seul match depuis trois ans tandis que les Anglais, les inventeurs du football, étaient fiers de n’avoir jamais été vaincus à Wembley face à une sélection non britannique.

Sir Bobby Robson parlait en ces termes de la sélection hongroise : « Nous avons vu un système et un style de jeu que nous n’avions encore jamais vus. Aucun des joueurs n’avait de signification particulière pour nous, même pas Puskas Mais ce match changea notre manière de penser. Nous croyons que puisque le match avait lieu à Wembley, nous le gagnerions facilement, nous étions les maîtres et eux les élèves. Il se produisit exactement le contraire ».

Le match finit sur un score de 3-6 en faveur du « Onze d’or ». Au bout d’une demi-heure ils avaient déjà écrasé les locaux 1-4, avec deux buts de Puskas. Les mouvements tactiques des milieux de terrains et des attaquants hongrois, leurs changements de position continus et innovants joints à l’habileté technique de l’ensemble asséna le coup de grâce aux Anglosaxons. Les Anglais criaient vengeance et lors de la revanche disputée à Budapest le 23 mai 1954, reçurent une douche froide : 7-1 en faveur des Hongrois. Bozsik, Kocsis, Czibor y Puskas, la colonne vertébrale de l’Honvéd, furent à nouveau les grands acteurs de la déculottée et Kocsis et Puskas marquèrent deux buts chacun. Ferenc Puskas, considéré comme le meilleur footballeur hongrois de tous les temps, marquerait au total 682 buts dans 700 matchs officiels ; le plus grand buteurs du XXe siècle. Selon les témoignages de certains des lions qui jouèrent contre l’équipe des « Invincibles », le footballeur qui les avait le plus marqués par sa qualité était néanmoins Jozsef Bozsik, le milieu de terrain organisateur et qui distribuait tout le jeu des Hongrois, tant au club de Budapest qu’avec la sélection.

La victoire de l’Athletic Club sur cet Honvéd, alors considérée comme la meilleure équipe du monde, représentait une prouesse inimaginable mais il est vrai également que les circonstances extérieures qui entouraient ce match éliminatoire purent avoir une influence sur le résultat. Un événement historique allait modifier le déroulement normal du match : la révolution anti-communiste commença en Hongrie le 22 octobre 1956 et quelques jours plus tard, l’URSS réagit et envoya son armée pour restaurer le pouvoir soviétique. Les joueurs de l’Honvéd abandonnèrent le pays et le match aller prévu pour le 7 novembre sur le sol hongrois dut être suspendu ; le premier match fut celui de retour, à San Mamés. L’Athletic de Daucik, avec Piru Ganza comme capitaine, remporta le match 3-2 avec des buts d’Artetxe, Markaida et Arieta I. Le grand Bozsik dut affronter un duo de milieux de terrain inoubliable : Mauri et Maguregi. Carmelo, Orue, Garay, Canito et Merodio venaient compléter ce onze mémorable.

Le match retour fut ensuite joué à Bruxelles, dans le stade du Heysel et les lions firent match nul, qui leur ouvra les portes pour le tour suivant , où ils furent éliminés par le Manchester United. Nous ne pourrons jamais dire réellement à quel point la situation politique du pays influença les joueurs du Honvéd dans leur rendement sportif. Quoi qu’il en soit, l’Athletic Club réussit l’exploit d’éliminer le club Magyar tout-puissant.

Malheureusement, après l’invasion soviétique et la restitution du régime communiste, l’Honvéd entra dans une phase de déclin imparable notamment motivé par les recrues de Kocsis et Czibor à Barcelone et de Puskas au Real Madrid, que le Kremlin accusa de trahir la patrie. La plupart des footballeurs du Honvéd désertèrent après le match disputé à San Mamés. Une partie de l’effectif retourna dans son pays natal mais d’autres ne revinrent jamais en Hongrie en vie. Leurs familles s’enfuirent comme elles purent de la répression soviétique pour les rejoindre en exil. Puskas avait presque 32 ans lorsqu’il fut recruté par le Real Madrid ; le plus impressionnant de sa recrue est qu’il était très gros, avec presque 18 kilos de surpoids. « Qu’est-ce que je vais faire de ce gros » demandait l’entraîneur de Madrid lorsque Bernabéu se présenta sur le terrain d’entraînement accompagné de Puskas fraîchement recruté. « Fais-lui perdre son ventre » lui répondit le président du club.  Les années suivantes, l’attaquant Magyar gaucher remporta 3 Coupes d’Europe, 5 Championnats nationaux, 1 Coupe, et marqua 242 buts, dont 4 dans une finale européenne contre l’Eintracht de Frankfurt. Puskas ne revint en Hongrie qu’en 1981 et sa dépouille repose dans la Basilique de Budapest aux côtés de ceux de Kocsis. La dépouille de son compagnon d’équipe nationale furent rapatriés à la demande du gouvernement hongrois en 2012, 33 ans après son décès à Barcelone.

Feréncvaros

Après le déclin de l’Honvéd, les deux équipes qui d’une manière ou d’une autre reprirent dans les années 60 le témoin du foot hongrois furent le Feréncvaros et le MTK de Budapest, mais jamais avec le succès des années 50. Le Feréncvaros fut sacré Champion de la Coupe des villes de foires de la saison 1964/65 tandis que le MTK cette même année atteignit la finale de la Coupe d’Europe, qui perdit contre le Sporting Club de Portugal. Celle qu’on appelait le « Onze d’or » vit sa splendeur se faner peu à peu même si la sélection Magyar réussit à se classer pour les Coupes du monde de 1958, 62 et 66 et pour la Coupe d’Europe de 1964, avant d’entrer en décadence absolue à partir des années 70, au point de disparaître pratiquement de la scène internationale.

Curieusement, l’offrande traditionnelle au buste de Pichichi fut inaugurée précisément par le MTK Budapest dans sa visite à San Mamés le premier jour de l’année 1927, lors de l’un des matchs de Pâques de l’époque. Ce fut une rencontre amicale qui avait peu à voir avec les affrontements avec notre autre grand rival hongrois, le Feréncvaros.

De fait le Feréncvarosi Torna Club est l’équipe qui a éliminé le plus souvent l’Athletic dans des compétitions européennes, trois fois, autant de fois que la Juventus de Turin ; à une occasion, néanmoins, la Vechia Signora fut l’une des deux équipes classées d’un petit championnat européen, la Champions League de la saison 1998/99. Il ne s’agissait donc pas d’une élimination par affrontement direct. Même si cette information n’est pas très utile, il est vrai que dans ce petit championnat, les lions firent match nul 0-0 dehors et 1-1 à domicile, des scores qui leur auraient ouvert le passage au rouges et blancs en cas d’élimination directe.

Le premier des trois duels contre le Feréncvaros survient pour les quarts de finale de la Coupe des villes de foires de 1964/65, compétition à laquelle l’Athletic participait pour la première fois grâce à sa biennale de la machine-outil. Les lions avaient déjà laissé en route l’OFK de Belgrade, Anvers et l’équipe de Dumerfmline écossaise. Le Feréncvaros n’avait pas grand-chose à voir avec l’invincible Honvéd, même si elle venait de gagner le championnat de son pays et n’en était qu’à l’aube de son époque glorieuse. Quoi qu’il en soit, en football aucun pronostic n’est valable si la chance n’est pas de la partie et c’est-ce qui devait se produire pour l’Athletic lors de ce match éliminatoire ; il dut être décidé dans un match décisif, après les scores de 1-0 pour Budapest et 2-1 pour Bilbao. Les chroniques racontent alors que l’Athletic avait mérité la victoire. Le tirage au sort voulu que le match définitif ait lieu dans le stade Nepstadion hongrois et les rouges et blancs le perdirent 3-0. Le Feréncvaros devait finalement être sacré champion, prouesse qu’il répèterait quatre autres fois, l’Athletic ayant été éliminé par des clubs vainqueurs : la Juventus et l’Atlético de Madrid en finale, le Parma en huitièmes et le club de Séville en quarts.

Les Basques et les Magyar se rencontrèrent à nouveau lors de la Coupe des villes de foires de la saison 1967/68, en pleine apogée du club hongrois grâce, entre autres vertus, à la magie du « One Club Man » et Ballon d’or, Florian Albert. L’attaquant emmenait une équipe effrayante qui élimina les rouges et blancs au terme d’un match éliminatoire ouvert et disputé de l’Athletic, classé à la 67ème minute du match retour. Betzuen avait anticipé sur les lions après le 2-1 de Budapest, mais la douche froide devait arriver immédiatement après, lorsque les Hongrois égalisèrent à la minute suivante. Même si les élèves de Piru Gainza se battirent jusqu’à la fin avec une bravoure qui émut les supporters, les Magyar réussirent à se qualifier et à parvenir en finale, où ils furent finalement battus par le Leeds United anglais.

La troisième et dernière rencontre avec le Feréncvaros devait se produire 15 ans plus tard, au premier tour de l’UEFA de la saison 1982/83 dont nous nous souvenons avec plaisir, avec Clemente comme entraîneur dirigeant une équipe qui devait être bientôt championne. Des footballeurs mythiques avaient quitté l’Athletic, comme Iribar et Rojo et le club entamait sa marche ascendante avec ses nouveaux talents. Le score de 2-1 du match aller à Budapest lui donna des espoirs de se qualifier mais les lions ne purent faire mieux qu’égaliser, même s’ils partaient avec de l’avance au score. Les Magyar devaient tomber lors du tour suivant, face au FC Zurich.

Football moderne et sentiment d’appartenance

Nous avons du mal à croire que des équipes de légende européennes comme l’Honvéd ou le Feréncvaros puissent un jour retrouver toute leur splendeur vu la dérive du football moderne. Des pays décisifs dans l’histoire du football comme la Hongrie, l’Autriche, la Suisse ou les anciennes Tchécoslovaquie ou Yougoslavie ont été mis à l’écart du foot moderne et leurs championnats n’ont qu’une très faible répercussion médiatique. Les revenus de leurs droits télévisuels les condamnent à l’invisibilité.

Selon le dernier rapport financier publié par Soccerex et élaboré par JF Sports Consulting, pas un seul club hongrois ne figure dans la liste des 100 clubs les plus puissants du monde, ni aucun autrichien, suisse, tchèque, slovaque ou d’origine yougoslave, bien que dans la liste apparaissent 18 équipes de la Premier League.

Le football occupe une place importante dans l’existence de personnes de presque toute la planète aujourd’hui comme hier, mais de manière différente. Aujourd’hui de nombreux supporters ne peuvent acclamer leur équipe que devant leur télévision et trop de clubs sont peu appréciés par ceux qui devraient être leurs supporters naturels.

L’idée que les enfants de Budapest puissent supporter les équipes de Chelsea ou du Real Madrid avant celles de Honvéd ou de Feréncvaros est déconcertante pour l’avenir du football compris comme un sport. Cela signifie que le sentiment d’appartenance, c’est-à-dire le lien entre un supporter et l’équipe qu’il encourage peut aujourd’hui dépendre plus du pouvoir financier ou médiatique de ce club que de son mérite sportif ou de leur origine commune.

Contenu additionnel
Nouvelles associées
Des actes à l’essence rouge et blanche
Des actes à l’essence rouge et blanche
11 juil. 201814:05

Des actes à l’essence rouge et blanche

Les actes de remise des médailles d’or et des plaques commémoratives aux amateurs membres du…

Voir plus
Un modèle compatible avec l’essence du sport
Un modèle compatible avec l’essence du sport
29 juin 201808:48

Un modèle compatible avec l’essence du sport

L’argent est une valeur décisive qui conditionne les effectifs de tous les clubs professionnels de…

Voir plus
Rafa Escudero
Rafa Escudero
28 juin 201812:31

Rafa Escudero

Il sera au fil du temps de plus en plus difficile de raconter et encore…

Voir plus
Planification des contrats
Planification des contrats
28 juin 201810:09

Planification des contrats

Dans une étude publiée pendant la saison 2017/2018 par le CIES Football Observatory concernant la…

Voir plus
Tout ce qui brille n’est pas d’or
Tout ce qui brille n’est pas d’or
28 juin 201809:58

Tout ce qui brille n’est pas d’or

L’argent est une valeur décisive qui conditionne les effectifs de tous les clubs professionnels de…

Voir plus
Foi dans le vivier rouge et blanc
Foi dans le vivier rouge et blanc
28 juin 201809:54

Foi dans le vivier rouge et blanc

L’année de l’inauguration du site de Lezama, le 4 décembre 1971, le pourcentage de joueurs…

Voir plus
Le lion du Musée
Le lion du Musée
28 juin 201809:52

Le lion du Musée

Aux côtés de la collection permanente de l’Athletic Club Museoa vous pourrez admirer un lion…

Voir plus
Difficulté et mérite de jouer régulièrement en Europe
Difficulté et mérite de jouer régulièrement en Europe
28 juin 201809:46

Difficulté et mérite de jouer régulièrement en Europe

Depuis que l’UEFA Europa League s’appelle ainsi et depuis 2009, année de formation de son…

Voir plus
Du besoin naît la vertu
Du besoin naît la vertu
28 juin 201809:42

Du besoin naît la vertu

Si en outre le club joue en première division de l’un des cinq grands championnats…

Voir plus
Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation
Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation
28 juin 201809:34

Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation

Au début août 2017, il y a un an environ, le quotidien britannique The Independent…

Voir plus