Nouvelle saison

Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation

Au début août 2017, il y a un an environ, le quotidien britannique The Independent…

Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation
Vertus et conséquences d’être un club de « cantera », centre de formation
28 juin 201809:34

Au début août 2017, il y a un an environ, le quotidien britannique The Independent parlait de la signature de Neymar au PSG comme le transfert qui définissait l’ère du football moderne. Le monde entier se fit écho de réflexions similaires, soulignant l’aspect symbolique de l’information. Cette signature comprenait 222 millions d’euros de clause de résiliation du club de Barcelone plus un salaire proche des 30 millions nets par an. Face à des chiffres et des salaires aussi exorbitants, l’ombre dantesque de la bulle du foot plane sur le monde du football. Et avec elle la menace, bien que lointaine et imprécise, de devenir une réalité future aux conséquences imprévisibles.

  • Entre le sport et le spectacle, l’industrie

Une fois le foot amateur bel et bien écarté, pendant plus d’un demi-siècle l’esprit sportif du jeu a réussi à rester plus ou moins indemne malgré la montée imparable en parallèle du foot comme un spectacle de masses. Actuellement le poids de l’industrie et des affaires a pris une telle importance que l’essence sportive du football moderne est de plus en plus remise en question. Ces voix critiques basent leur réflexion sur des chiffres comme le suivant : dans la saison 2016/17, par exemple, dans une même compétition, LaLiga calculait que le club le plus puissant pouvait dépenser pour constituer son effectif 26,8 fois plus d’argent que le club le plus pauvre, selon les limites du coût de l’effectif publiées par LaLiga. Le choc entre ces deux équipes est retransmis avec grand succès d’audience dans le monde entier, mais ce n’est peut-être pas le spectacle sportif au sens original et strict du terme « sportif ». Ou si… puisque sans aucun doute, les joueurs engagés sur le terrain onze contre onze disputent le match avec les mêmes règles.

  • Le prestige international de la philosophie de l’Athletic

Quoi qu’il en soit, dans ce paysage déterminé par l’influence de l’argent, la philosophie de l’Athletic Club a attiré l’attention en Europe et dans le monde, précisément parce qu’elle s’attache à conserver l’esprit sportif du jeu. C’est ce que soulignent les médias et des études de pays très divers, dont notamment The New York Times, The Guardian ou Sky Sports.

Dans le musée Athletic Club Museo sont exposées deux photos anciennes qui montrent la dernière équipe rouge et blanche à jouer avec des étrangers (avril 1911) et la première à ne comporter que des joueurs locaux (décembre de la même année) ; la date de naissance de la philosophie centenaire du Club. Le foot est arrivé à Bilbao apporté par les Anglais, et les Anglais sont arrivés à l’époque d’industrialisation de la ville ; c’est pourquoi, en toute logique, ces premières années de compétition de 1898 à 1911, l’Athletic joua avec des Anglais liés à l’industrie et au travail de la mine.

Il est à souligner que le foot à cette époque était un sport non professionnel, c’est-à-dire amateur, et que l’une de ses priorités, comme c’est le cas pour tous les sports, consistait précisément à respecter son esprit sportif.

Le Championnat n’existait pas encore, le Championnat de coupe était la compétition dans laquelle s’affrontaient les équipes. Et on raconte que certaines équipes n’appréciaient pas vraiment que des Anglais jouent à l’Athletic. Certains de ces Anglais n’étaient par ailleurs pas installés à Bilbao, ils s’y rendaient uniquement pour jouer quelques matchs décisifs. Plusieurs équipes du championnat présentèrent alors une réclamation formelle puisqu’elles pensaient que la présence de ces Anglais était contraire à l’esprit sportif. Et, de fait, l’Athletic se vit confisquer le titre de ce championnat (qui a été ensuite restitué) et mis à l’écart de la Fédération.

Les lions revinrent l’année suivante, 1912/13, mais sans étrangers.

  • Son sens de l’appartenance, le mérite sportif

Outre sa philosophie, ce qui attire l’intérêt de tout observateur de notre Club est le lien entre l’équipe et les supporters, une union qui n’a fait que se renforcer même si le palmarès rouge et blanc a diminué avec l’augmentation de la compétitivité, même si les jours de gloire du passé ne sont plus d’actualité. La force de ce sentiment d’appartenance tient à n’en pas douter autant à la philosophie du club qu’à son caractère de plus en plus singulier. Ce que l’équipe a perdu en médailles a en quelque sorte été compensé par son mérite sportif, c’est ce que voient les supporters et le reste du monde.

L’infranchissable distance qui séparait l’Athletic Club de ses rivaux par antonomase il y a quelques années, le Real Madrid et Barcelone, est considérablement relativisée si on considère la manière dont ces équipes ont obtenu leurs résultats, plus que les résultats en eux-mêmes. Du point de vue strictement sportif, les mérites de ceux qui tous les ans achètent les meilleurs footballeurs du monde (jusqu’à il y a peu, six des dix transferts les plus chers de l’histoire avaient été signés par le Real Madrid ou Barcelone) sont très différents des mérites d’une équipe dont la plupart des joueurs proviennent de son centre de formation. Il est difficile de déterminer avec précision jusqu’à quel point des clubs comme le Real Madrid et Barcelone transfèrent leurs mérites sur le stade à un domaine également commercial, étant donné que leur succès sportif est lié aux succès des joueurs recrutés

Aujourd’hui, le classement historique de LaLiga indique que l’Athletic Club occupe le cinquième poste et nos rivaux au tableau sont Valence, quatrième et Séville, sixième. Deux équipes historiques qui, contrairement à l’Athletic Club, ont à certains moments de leur histoire joué en deuxième division, jusqu’à il y a peu. Il s’agit par ailleurs de deux adversaires avec une reconnaissance internationale croissante grâce à leurs participations dans les compétitions européennes, notamment Sevilla FC qui a remporté trois titres consécutifs dans la UEFA Europa League.  Le dernier d’entre eux précisément dans la saison 2015/2016 après avoir éliminé l’Athletic Club aux pénaltys en quarts de finale.

  • Deux manières différentes de jouer à un niveau similaire

Il peut être néanmoins intéressant d’examiner une analyse comparative des trois clubs pour voir comment coexistent deux manières différentes  de jouer à un niveau similaire. D’une part, un projet basé sur le centre de formation ; de l’autre, le modèle prototype du foot moderne, en fonction du succès de la politique de recrues avec un budget précis.

Ces sept dernières saisons (entre 2011/12 et 2017/18) par exemple, la moyenne du classement dans LaLiga des trois équipes est relativement proche. L’Athletic a terminé à trois reprises devant l’équipe de Valence et deux fois devant celle de Séville, et n’a été dépassé que par les moyennes de Barcelone, du Real Madrid et de l’Atlético de Madrid (le club de Villareal est descendu en 2011-12).

Les différences importantes se font jour lorsque nous comparons d’autres facteurs. Par exemple, si nous examinons les onze titulaires des dernières années, l’Athletic a joué avec 8,1 joueurs de son centre de formation en moyenne, tandis que Valence et Séville l’ont fait avec 1,3, c’est-à-dire une différence de presque sept points (footballeurs) sur onze.

Entre 2011 et 2017, Valence a acheté 52 joueurs, avec une moyenne de 15,8 étrangers dans l’effectif. Séville a quant à elle acheté 63 footballeurs, et sa moyenne d’étrangers atteint les 17,1. L’Athletic Club pendant cette même époque a recruté 11 joueurs (sans compter Capa, Ganea ni Iñigo Martinez) mais 7 d’entre eux étaient passés par son centre de formation au préalable. Le club de Valence a eu 11 entraîneurs ; celui de Séville 6 ; et l’Athletic 3, Bielsa, Valverde et Ziganda, avant l’arrivée d’Eduardo Berizzo pour cette saison 2018/19.

  • À contre-courant

Dans ce paysage du monde du foot actuel, l’Athletic est vu comme un cas à part, un club qui vole à contre-courant.

Depuis la sentence Bosman de 1995, le courant du football évolue de plus en plus contrairement aux intérêts rouges et blancs. Les clubs puissants financièrement se sont multipliés dans notre environnement ; ils ne sont pas seulement en Angleterre, en France, en Italie ou en Allemagne, ils se trouvent également à présent dans notre propre championnat national. Les multinationales et les télés ont transformé radicalement la face de la compétition sportive.

L’Athletic Club nage à contre-courant dans ce paysage, sans avoir modifié ni son objectif ni sa philosophie sportive centenaire qui le rend unique et, d’une certaine manière, éblouissant. Lorsque The Guardian titrait son reportage « This is Atheltic Club : the club whose loyalty to local talent is not negotiable” (« L’Athletic Club, c’est ça: un club dont la loyauté au talent local n’est pas négociable »), il faisait sans aucun doute référence à cet émerveillement que suscite notre sentiment d’appartenance. Notre raison d’être est malgré tout de revenir saison après saison à nos origines ; être fidèles à nous-mêmes même si cela implique de nager à contre-courant ; franchir les obstacles jusqu’au moment où nous pourrons reprendre le cycle avec de nouvelles générations formées dans notre centre.

Personne n’a obligé l’Athletic à être comme il est et il n’a besoin de se comparer avec aucun autre club pour réaffirmer sa philosophie sportive. Chacun choisit sa propre voie. Que l’Athletic soit devenu un club objectivement particulier dans l’élite n’est au fond rien d’autre qu’un signe des temps qui ont marqué un cheminement différent et globalement accepté. Mais parallèlement, l’époque actuelle est celle où le prestige d’une image se voit renforcée par son caractère exclusif. En définitive, les vertus et les conséquences d’être un club avec un centre de formation unique.

**Les sources consultées sont issues de la web www.bdfutbol.com.

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